vendredi 9 décembre 2011

Gerard de Narvalo

Ça discute entre les passagers du bateau. Où vas-tu ? Tu restes à Cherbourg ? Je vais à Paris mon frère à une petite chambre. Ils ont besoin de maçon et de plâtrier. Je sais pas si pourrais emmener ma femme et mon fils. J'espère que ma mère va bien, quand je suis parti elle était déjà très malade.  Il faut que je trouve du travail dès que j'arrive. J'ai mon cousin à Lyon et mon neveu à Saint Etienne, je pense que je vais m'installer dans cette région. J'aimerais reprendre mes études. 
Une horde de mots, des palabres infinies...On parle pour ne pas penser, pour ne pas avoir peur, on mange peu, il s'assoit à côté de son cousin:
Je vais rester un peu en Normandie, je te rejoindrai plus tard. Le cousin sourit, je le savais tu ne me supporterais pas et la promesse faite à ma mère de prendre soin de moi ? Rictus et éclat de rire. Ne me prends pas pour un imbécile, je sais très bien qu'elle va débarquer à Paris pour te surveiller, en brisant ma promesse je t'offre une trêve avant la prochaine attaque. Il pensait à sa mère. Elle ne l'avait pas lâché depuis sa naissance, il n'avait pas peur mais il avait froid. La chaleur maternelle l'irradiait, le consumait c'était dangereux mais il avait froid, l'habitude sans doute. 

lundi 26 septembre 2011

Limonov Emmanuel Carrère POL

J'aime Emmanuel Carrère. Cet homme sait raconter une histoire, sublimer ses personnages tout en évitant de tomber dans le moralisme même si cela passe par une auto-dépréciation permanente de lui-même, ce qui peut s'apparenter à du masochisme.

Un roman russe
Le nouveau roman de Carrère raconte les vies d'Edouard Limonov, tour à tour voyou, poète underground, valet de chambre, directeur d'un journal et chef d'un parti voulant le rétablissement de l'URSS. Néanmoins plus qu'une simple biographie, l'auteur propose une brève histoire de la Russie au XXe et XXIe siècle et c'est un véritable Roman russe  que cette histoire. De Staline à Poutine et à travers le destin incroyable de Limonov on est frappé par la complexité de ce pays ce qui nous amène à nous interroger, à notre tour, sur notre propre ambiguïté. Limonov est un égoïste, il traîne avec des fascistes, admire Staline et Lénine  mais il est capable d'aimer à la folie une femme , de la plus grande compassion avec des criminels, luttant contre l'injustice dans son pays tombé aux mains de quelques oligarques.

"C'est plus compliqué que ça"

C'est une phrase qui revient deux ou trois fois dans le roman mais elle a son importance. Carrère déteste cette phrase car elle est lâche, elle excuse presque tout mais elle écrase tout sur son passage car elle dit la vérité, Limonov est allé casser du Croate avec les Serbes, c'est plus compliqué que ça, il est fasciste, c'est encore compliqué, il veut le retour du communisme, toujours la même chanson. Le personnage est complexe mais il suit une certaine ligne de conduite: être le fouteur de merde N°1, il veut la gloire, il ne veut pas d'une vie calme un mec avec boulot femme et enfants, une vie de raté selon lui.

Un roman d'aventure

Carrère fait référence aux livres de Dumas et de Verne dans son roman. Limonov n'est d'abord personne (Nemo), va en prison ( Edmond Dantes), devient un héros pour tous les fils de rien (d'Artagnan). Ce monsieur à la barbiche et moustache  (comme un mousquetaire) est un homme échappé d'un roman du XIXe siècle. "S'instruire en s'amusant"  était la devise de Dumas, Carrère nous offre avec Limonov est un roman d'aventure digne de ce nom.



vendredi 16 septembre 2011

A Genoux de Michaël Connelly, Point Seuil, (7/10)

En bon lecteur solitaire et misanthrope, en ce qui concerne mes goûts, j'ai longtemps refusé de lire les "gros auteurs", ces chanceux qui ont la faveur du public, en faisant bêtement cette équation dans ma tête grosse vente= grosse daube. Bien que cela se vérifie pour certains auteurs que je ne citerai pas, j'ai dû faire un effort surhumain pour surmonter ma pédanterie et mes préjugés. 
J'ai donc décidé de lire un polar de Michael Connelly, auteur apprécié par les amateurs de polar qui le décrive comme "efficace", "aux intrigues bien ficelé" ou "aux personnages travaillés". C'est donc porteur de ces avis dithyrambiques  ( ce qui au passage renforce ma méfiance envers cet auteur) que je décide de prendre un livre de l'Américain au hasard. Ma main s'est dirigée vers A Genoux et je dois dire que j'ai plutôt apprécié mais c'était pas gagné. 
Un homme est retrouvé mort sur un parking près de la célèbre avenue de Mulholland drive. On se dirige vers une enquête pour homicide pour le pugnace Harry Bosch,  mais il se trouve que notre macchabé est un oncologue et qu'il manipule et a accès à des matériaux radioactifs. Vous l'imaginez on est après le 11/09, donc alerte rouge les fédéraux débarquent et là  c'est parti pour des luttes de pouvoir qui occupent une bonne partie du livre et qui donne une sorte d'épaisseur à l'intrigue. Ce qui est dommage et si on est un peu malin c'est que l'on sait à peu près où l'auteur veut en venir, l’intrigue est quelque peu téléphonée .
Vous vous doutez bien que ce n'est pas l'intrigue qui m'a fait sauter au plafond comme l'aurait fait une crêpe à la chandeleur mais c'est le personnage principal qui a attiré toute mon attention. Harry Bosch ( dans cet épisode) est un flic désabusé ( comme d'habitude) mais je dois avouer que j'ai bien aimé sa simplicité, il est pas fort, il est assez vieux, il a un sale caractère mais Connelly n'a pas exagéré ses traits, le personnage n'est pas caricatural, il est plausible. Cette simplicité le met dans la peau de l'outsider, le mec qu'on n'attend pas qui en prend plein la tête aussi bien par les fédéraux, que par ses supérieurs ou son jeune coéquipier mais qui reste aussi droit que ses idéaux. En résumé c'est un emmerdeur, un homme qui va dans le zag alors que tout le monde va dans le zig, je l'aime bien ce Bosch.
Ma première expérience avec un polar de Connelly s'est avéré plutôt agréable mais pas exceptionnel, juste ce qu'il faut pour m'enlever de la tête que les auteurs célèbres ne sont pas toujours aussi mauvais, enfin c'est provisoire...

Plus: Harry Bosch 
Moins: Une intrigue cousue de fil blanc, la fausse profondeur donnée par les luttes entre services et le côté politique du livre ( l'Amérique post 11/09) pas assez subtil...